Journées de l’ANSES : Santé des abeilles 12/12/2018

Journées de l’ANSES: Santé des abeilles 12/12/2018

Colloque intéressant, mais de niveau variable.  Le public était varié, avec des représentants des organismes apicoles venus écouter la bonne parole, pas mal d’étrangers aussi, belges, suisses etc…

La journée a commencé par une conférence sur les produits de la ruche à la préhistoire (en fait du néo/mésolithique à l’époque antique) par une archéologue et chimiste (Martine Regert, CNRS et CEPAM, Nice).  J’en ai retenu que l’apiculture a été une activité importante dans tout le bassin méditerranéen et au delà dès le mésolithique.  La transition cueillette/élevage a semble t-il eu lieu tôt avec même la construction de ruches élaborées en terre cuite comportant des rainures pour accueillir les rayons.  L’apiculture était pratiquée en particulier en ville et les témoignages de la période historique montrent que cette activité était importante avec taxation chez les égyptiens, les grecs et les romains.  Actuellement, seuls les résidus de cire sont analysables, exceptionnellement des pollens.

Conférence n° 2 par Fabrice Sircoulomb, ANSES Sophia.  La prévalence du virus des ailes déformées en Europe (DWV) et du VDV1 est très marquée géographiquement: VDV1 en Europe de l’ouest (c’est le virus quasiment exclusif en France), DWV à l’est.  Il existe de nombreux recombinants des deux, mais il ne semble pas que la virulence qui semble égale pour les deux virus soit affectée par la recombinaison.

3) Poshbee, projet de développement d'”outils” de protection des abeilles (Marie-Pierre Chauzat, ANSES, Sophia).  Il s’agit d’un projet européen ambitieux piloté par Mark Brown de la Royal Holloway University de Londres.  L’effet des pesticides, de l’environnement, des pathogènes sera étudié dans une grande collaboration européenne.  A suivre …

4) Méthodes de dosage des pesticides et des insecticides en particulier (Anne-Claire Martel, laboratoire de Sophia-Antipolis).  J’ai cru retrouver mes 35 ans de chromatographie ! Très bonne technique. Ils utilisent une chaine de quadripôles en tandem qui est très fiable, facile d’utilisation mais moins sensible que d’autres systèmes. Pour un laboratoire comme Sofia-Antipolis, c’est finalement la meilleure technique.  J’ai posé la question de la sensibilité du dosage des pesticides, LOD et LOQ (limites de détection et de quantification). Cela ne semble pas les concerner. Pour eux, la LD 50 est un nombre abstrait qu’il suffit d’atteindre en termes de sensibilité pour que tout soit réglé. Quand on leur dit que le but à atteindre est la LD10 ou 5, ils ouvrent de grands yeux !  La question des courbes dose-effet n’a pas l’air de concerner les chimistes. De même, quand j’ai demandé où en était l’état d’avancement des nouvelles techniques (immunologiques, ou avec des senseurs ADN), ils ne sont pas au courant. Pourtant, c’est l’avenir avec une limite de quantification environ 1000 fois plus basse que les méthodes de chromatographie et la possibilité comme avec les ELISAs de doser simultanément plusieurs composés à la fois.  J’ai également posé la question des interférences avec le problème des synergies (le fameux effet cocktail). L’analyse isobolographique semble leur être inconnue. Ce n’est pas étonnant car dans la littérature, on parle de synergie quand il y a interaction (ANOVA ou régression linéaire, ce qui est strictement identique). Comme si une courbe dose-effet était une droite allant à l’infini !!!

Je serai assez sévère.  Il s’agit d’excellents techniciens, mais pas des scientifiques à l’affut des nouveautés.

5) PoliConnectés, travail de M2 présenté par Marie-Pierre Chauzat.  Conférence de peu d’intérêt, les gens de l’ANSES ne sont manifestement pas des apiculteurs.  Tous les fantasmes des apiculteurs interrogés dans le travail et ceux qui étaient présents dans la salle sont ressortis, en particulier le problème des ondes.  Marie-Pierre Chauzat a bien répondu. Elle dit qu’on ne savait rien et que les vaches étaient plus perturbées par les signaux électromagnétiques de l’étable que par ceux émis par les lignes à haute tension.  Il y a néanmoins des travaux scientifiques qui montrent que les abeilles sont très réceptives aux champs faibles (pour rechercher les bonnes fleurs par exemple). Je lui ai envoyé des références. Le sujet reste donc ouvert et des travaux sont nécessaires, ils semblent faciles à réaliser avec des méthodes épidémiologiques simples (plan factoriel).

6) Mortalité des colonies pendant l’hiver 2017-2018, résultats préliminaires (Didier Calavas, ANSES et ministère).  L’auteur est un vrai statisticien et épidémiologiste. Je pense que les apiculteurs qui n’ont pas répondu à l’enquête (70 %) avaient tort, de toute manière ils sont référencés dans le registre de déclaration des ruchers.  Au total, mortalité hivernale moyenne 29 % assez homogène. Tout est sur le site: https://www.plateforme-esa.fr/article/mortalité-des-colonies-d-abeilles-domestiques-pendant-l-hiver-2017-2018

7) The European Bee Partnership (Tobin Robinson, European Food Safety Authority Parme, Italie).  Le parlement européen est à l’origine de ce projet très ambitieux, totalement open (data, modèles etc… seront par principe Open Source, c’est la volonté du parlement).  Toutes les données devront être en format XML et publiques, condition pour recevoir des subventions.  Le but est de créer une immense base de données accessible à tous et dans laquelle tout le monde pourra mettre ses données.  Un système de sécurité par cryptage fort permettra de respecter les données personnelles des apiculteurs qui s’impliqueront).  J’ai posé la question de l’IA et du Big Data. Ces deux approches sont envisagées dès le début, en particulier pour les approches initiales qui seront du type “proof of concept”.  En fait un groupe travaille déjà à reprendre les données anciennes accessibles et les mettre en XML. La base de données inclura l’abeille commune, les bourdons (bumble bees) et les abeilles solitaires.

8)  Puces permettant de suivre les frelons asiatiques (tracking) (Peter Kennedy université d’Exeter en collaboration avec l’INRA Save de Bordeaux).

Technique d’avenir.  Les anglais ont la maitrise des puces.  Elles sont encore assez lourdes et ralentissent les frelons (capturés, endormis sur de la glace, marqués et relâchés); la lenteur de leur vol est in-fine un avantage pour les suivre.  Le prix est encore élevé (environ 120 € réutilisable (?) pendant 10-15 jours).  Si une production importante est envisagée, le prix va baisser très nettement. Il faut ajouter l’antenne de tracking, etc…. environ 2000 €, ce qui semble raisonnable pour une association par exemple.

A noter que le gouvernement britannique a pris la mesure du risque (y compris économique) et paye la destruction des nids par des sociétés spécialisées.

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